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Pourquoi partir ainsi, pour trois ans, seul autour du monde ? Certains
m’ont posé la question de façon directe; d’autres,
de façon sous-jacente. Certains se montrent étonnés,
inquiets, sceptiques, inquisiteurs. « Comment vas-tu faire ? »,
« Qu’est-ce qu’il advient de ceux qui restent ? »,
« La maison ? », « Prends garde à ta santé
! », « Et les dangers de toutes sortes, tu y as pensé
? », « Qu’est-ce qui t’inquiète le plus ?
». Voilà pour les uns. Les autres se font envieux, admiratifs,
enthousiastes. « Quelle chance! », « Profites-en tandis
que tu le peux encore! », « Extraordinaire ! », «
Gâtes-toi ! ».
Derrière cela, j’ai entrevu, parfois clairement, celui qui
me parlait. La prudence à laquelle on m’invite, elle traduit
l’insécurité de mon interlocuteur; l’admiration
de celui-là, c’est son rêve qu’elle me dit. Mais
chacun à sa manière, en l’anticipant, porte en lui une
part de mon voyage.
Comment dire en un mot l’essentiel de mon projet, comme un ami m’y
invitait récemment?
Eh bien! S’il n’y en avait qu’un seul, ce serait le
mot « quête » et ceux de sa famille. Je pars en «
quéteux », comme on appelle, au Québec, celui qui va
en haillons de place en place pour sa pitance et son gîte; je pars
en « quêteur », pour dire en langage plus universel. En
quêteur, comme un enquêteur. Comme celui qui questionne, celui
qui cherche, qui veut résoudre une énigme. Comme celui qui
se questionne, se cherche, ne peut se résoudre au mystère
qu’en le scrutant. Celui qui demande; celui qui se demande. J’aurai
des requêtes. Je voudrai savoir en quoi ailleurs est différent
d’ici, en quoi il lui est semblable. Je voudrai savoir en quoi jadis
est différent d’antan, en quoi aujourd’hui leur est pareil.
Chez les hommes. Chez les peuples. À travers les dynasties, les cultures
et les civilisations, apparues puis disparues. Que me rapporteront quêtes
et requêtes ?
Pour recevoir, il me faut être démuni. Pour devenir riche,
être pauvre. Pour voyager, vivre à l’intérieur.
Pour acquérir, me départir. Je m’adonne à un
exercice de détachement. Je lève l’ancre. Je largue
les amarres. Vienne le temps de l’inactivité fertile. Le temps
du silence éloquent. Le temps de humer le vent, d’où
qu’il surgisse. Et s’il ne vente pas, j’aurai l’odeur
de l’air comme contentement. Vienne le temps de prendre le temps,
le temps de reprendre mon temps.
Je vous écrirai, au fil des étapes, au fil des saisons.
Les circonstances détermineront le rythme de ma communication. Dans
l’album des photos que je transmettrai, vous pourrez apercevoir les
images de ces lieux du patrimoine mondial qui formeront la trame de mon
parcours.
À bientôt.
Yves de Belleval |